Alors que l’on voit fleurir de nouveaux produits et équipements plus ou moins révolutionnaires sur le marché aujourd’hui, les cavaliers ne savent plus où donner de la tête et quoi acheter pour faire encore mieux pour leur cheval. Victimes du marketing ou véritables aides, comment consommer utile et préserver son porte-monnaie et surtout le bien-être de son cheval ? C’est la question l’on va se poser ici.

Le minimalisme en équitation
On connaît tous cette cavalière qui a une collection de tapis plus grande que son dressing (oups, j’ai été une LeMieux addict, mais je me soigne !) et qui a toujours des ensembles licol, tapis, guêtres assortis ! Qu’on dépense la moitié de son salaire pour se faire plaisir en ayant du beau matériel n’est pas un problème, dans la mesure où on s’assure que ledit matériel soit adapté à son cheval (oui, un tapis dont la coupe ne correspond pas au dos peut créer une gêne, voire des douleurs).
Mais voir des cavaliers passer avec des chevaux dont on voit à peine la robe sous les bouts de cuir et de tissu me fait souvent grincer des dents.
Les cavaliers devraient se demander si leur cheval a vraiment besoin de tel équipement avant de l’acheter (et non, « il sera plus beau » n’est pas un argument valable) et, s’il en a besoin, peut-être chercher la cause et se demander si ce n’est pas un pansement sur une jambe de bois qui va masquer un problème plus profond.
Prenons l’exemple du collier de chasse : s’il est utilisé parce que le cavalier fait du cross ou de la randonnée en montagne et qu’il permet d’éviter à la selle de se retrouver sur la croupe, c’est un achat utile. Mais s’il est utilisé pour faire beau, ou parce que la selle ne tient pas car elle est inadaptée, il vaut peut-être mieux revoir ses priorités.
Aucun équipement n’est anodin : même réglé lâche, un collier de chasse va créer des frottements, des points de pression et avoir un effet sur le corps du cheval. Est-ce que l’esthétique compte plus que le confort du cheval ?
Je ne parle pas des enrênements ou des gadgets qui sont censés aider à muscler le cheval et à le travailler « dans le bon sens » pour combler les lacunes techniques du cavalier. Le cheval est parfaitement capable de travailler d’une façon qui n’est pas nuisible pour lui s’il est en bonne santé physique et mentale, et si l’humain sait lui montrer comment faire. Utiliser des ficelles pour le contraindre dans une position n’est jamais un bénéfice pour le cheval.
Dans ce cas, l’équipement est utilisé pour pallier le manque de connaissances de l’humain, qui choisit la simplicité. Il est plus facile d’utiliser des équipements pour masquer les problèmes ou contrôler que d’entamer un chemin plus long d’apprentissage, de remise en question et de travail pour arriver à ses fins.
Vous l’aurez donc compris, je suis plutôt partisane d’une équitation où le moins est le mieux. Un cavalier qui offre de bonnes conditions de vie à son cheval (qui respecte ses besoins fondamentaux) et qui sait le travailler avec tact et le comprendre pourra monter avec de moins en moins d’équipement. Mais cela exige un travail sur soi et une remise en question qui peuvent être longs et difficiles, alors qu’il est tellement plus simple d’ajouter plus de matériel, plus de contraintes sur le cheval, pour se faire plaisir rapidement en ayant plus de contrôle et de soumission.

Les innovations techniques au service du cheval ?
Le deuxième point que j’aimerais aborder, ce sont les nouveautés et innovations qu’on voit sortir sur tous les salons du cheval. Ont-elles un réel intérêt pour le bien-être du cheval ou sont-elles juste de nouveaux gadgets qui ruinent les cavaliers et ne rendent pas service, ou pire, nuisent au cheval ?
Le marketing est très perfectionné et peut faire croire aux cavaliers que tel ou tel outil va révolutionner le monde équestre et résoudre les soucis de leur cheval, et il est bien difficile de savoir si c’est vrai ou non ! Alors comment savoir si on va juste jeter notre argent par les fenêtres ou pas ?
Encore une fois, je pense qu’il faut se poser la question du besoin réel, et si le cheval a un problème que le produit promet de résoudre, se questionner sur la cause profonde de ce souci.
Par exemple, le mors. On voit certaines marques promouvoir des mors magiques qui vont apporter un confort absolu à notre cheval et promettre des progrès rapides dans notre équitation, en s’appuyant sur des innovations dans les matériaux ou la forme qui vont tout changer. Mais peut-on se demander pourquoi on rencontre des problèmes avec notre cheval et le mors ?
Est-ce qu’il a mal aux dents et refuse le contact ?
Est-ce qu’il est déséquilibré et ne sait pas fonctionner autrement qu’en s’appuyant ?
Est-ce qu’il embarque sur les sauts parce qu’il a une douleur à la réception ?
Aucun mors ne peut compenser une douleur ou un travail inadapté, même s’il a le matériau le plus doux, la forme la plus ergonomique et qu’il est confortable pour le cheval. Alors, avant d’investir dans du matériel qui va résoudre « miraculeusement » nos problèmes, il serait préférable de chercher la cause et de dépenser de l’argent dans sa résolution plutôt que dans un cache-misère.
Souvent, le cavalier veut bien faire et offrir plus de confort et de bien-être à son cheval (ou à lui-même, car le matériel innovant pour les cavaliers existe aussi), mais je crois que, la plupart du temps, cela masque des problèmes plus profonds, aux conséquences que l’on ne voit pas ou que l’on ne sait pas traiter.
Je suis persuadée que l’innovation est positive et permet d’apporter de réels bénéfices, mais uniquement dans le cas où le cheval est déjà bien et qu’on peut lui apporter un peu mieux. Je vous invite donc, avant de casser votre tirelire, à lire les avis : c’est souvent révélateur (généralement ça fonctionne miraculeusement bien au début, puis on ne sent plus aucune différence parce que le cheval s’est adapté et que ça ne fonctionne plus).
De même, lisez des avis éclairés, appuyés sur de vraies études (je donne même mes sources : le blog de Rehactive Equine et la chaîne YouTube de Lâcher la bride, qui s’appuient sur des faits scientifiques).
Et enfin, tester. Un produit peut vraiment être utile et apporter un vrai confort au cheval, mais il dépend de tellement d’autres paramètres que seul l’essai en conditions réelles sur son cheval peut dire si, oui ou non, c’est un bon investissement (d’ailleurs, plusieurs marques proposent des périodes d’essai de leur produit, pensez à demander !).

Conclusion
Le mieux est l’ennemi du bien, et tout est toujours lié à un contexte précis. Un outil peut fonctionner à merveille pour votre copine et ne pas fonctionner du tout pour votre cheval et vous. La clé, c’est donc la remise en question, l’écoute et l’essai avant de vous lancer dans une tonne d’achats qui dépouillent votre compte en banque pour plus ou moins de résultats.
Mais il faut toujours garder en tête qu’aucun matériel ne peut compenser un cheval qui souffre d’un mode de vie inadapté, d’une mauvaise alimentation ou d’un manque dans ses besoins fondamentaux, et que la remise en question apportera toujours plus de bénéfices à votre cheval qu’un nouveau chauffe-dos ou des guêtres refroidissantes dernier cri.
Un dernier mot pour la planète également : consommer moins mais consommer mieux permet aussi de contribuer à limiter le gaspillage. Il vaut mieux investir dans deux tapis de qualité qui dureront longtemps que dans dix qui s’useront rapidement et qu’il faudra jeter (la fast fashion, on en parle). Sur le coup, c’est un investissement qui fait mal au porte-monnaie, mais sur le long terme, c’est moins d’achats et plus de confort.
Enfin, gardez toujours en tête qu’un bon équipement peut coûter cher, mais vous faire économiser par ailleurs en soins pour votre cheval (on en parle de la selle qui vous oblige à appeler l’ostéo tous les trois mois parce qu’il se retrouve toujours coincé !).
Alors gardez l’esprit clair et critique avant tout achat : votre portefeuille, et surtout votre cheval, vous remerciera ! Quel achat vous avez regretté ?
