C’est le rêve de nombreux propriétaires d’avoir un jour un poulain, pour garder une trace de leur jument de cœur ou pour pouvoir suivre toutes les étapes de la vie d’un cheval depuis sa naissance, il s’agit d’une aventure passionnante et pleine de rebondissements. Entre la croissance physique, mentale et l’éducation il y a énormément à apprendre sur la gestion d’un poulain jusqu’au débourrage et plus encore. Alors, êtes-vous prêts à vous embarquer dans l’aventure ?

Croissance : les étapes à respecter
De la gestation à l’âge adulte, le cheval va passer par de nombreuses étapes dans sa croissance qui vont nécessiter parfois une attention particulière afin qu’il ne manque de rien et qu’il puisse grandir de la meilleure façon possible. Chacune de ses étapes va avoir des conséquences sur sa vie entière, une étape ratée peut entrainer des années de rattrapage c’est pourquoi il vaut mieux être entouré pour éviter les erreurs. C’est la règle numéro un quand on élève un jeune cheval seul : ne pas rester seul ! Demandez conseils à des professionnels (éleveurs, comportementalistes…) qui vous aideront à faire vos choix dans les étapes importantes et ainsi limiter les risques que votre poulain développe des problèmes physiques et comportementaux dans l’avenir.
Si vous faites pouliner votre jument, mettez la en pension chez un éleveur qui pourra assurer la surveillance et la mise bas et agir rapidement en cas d’anomalie, c’est la solution la plus sûre car si vous ne savez pas reconnaitre les signes que la mise bas se passe mal et que vous tardez à agir ou ne savez pas comment le faire, la vie du poulain et de votre jument pourraient être en jeu, ne négligez donc pas cette étape, informez vous, formez vous, appelez votre vétérinaire pour le prévenir que la mise bas est imminente et que vous pourriez avoir besoin de faire appel à lui (assurez-vous d’avoir le numéro d’urgence/du vétérinaire de garde, ce n’est pas en cas de problème qu’il faudra le chercher). Même si il est tentant de caresser ce petit être qui vient de naitre, il est recommandé d’éviter de le faire les premières heures (sauf si il est en danger) pour laisser la mère l’imprégner de son odeur. Il existe des techniques qui indiquent le contraire, lisez et faites vous votre avis sur chacune d’elles, je prend personnellement le parti qu’il vaut mieux laisser faire la nature et intervenir le moins possible si il n’y a pas de nécessité de le faire et que tout se passe bien.

La seconde étape importante est le sevrage, c’est le moment où on sépare la mère du poulain pour qu’il ne se nourrisse plus de lait mais uniquement d’aliments solides comme les chevaux adultes. Généralement pratiqué à l’âge de 6 mois dans les élevages traditionnels, le rythme naturel est plutôt situé autour de l’âge de 1 an (lorsque la jument met bas du poulain suivant, le premier prend son indépendance). Là encore il existe de nombreuses façons de faire que ce soit sur l’âge du poulain ou la façon de faire (sevrage progressif en séparant d’abord quelques minutes, puis quelques heures la mère du poulain ou sevrage définitif en séparant directement la mère et le poulain sans qu’ils ne puissent plus se voir). Je vous invite encore une fois à vous renseigner sur les différentes méthodes pour vous faire votre propre avis, mais sachez que cette étape peut avoir des conséquences graves pour votre poulain (et la jument) si c’est mal réalisé et laisser un traumatisme qu’il sera difficile de rattraper. C’est pourquoi je privilégie encore une fois d’être à l’écoute de la nature et d’observer la mère et le poulain pour choisir le moment qui semble opportun pour les séparer : si la mère repousse le poulain, se laisse moins téter, que le poulain se montre plus indépendant c’est signe qu’il est possible d’envisager le sevrage. De même, si la mère semble perdre de l’état, être moins en forme parce que la production de lait lui demande trop d’énergie (bien sûr l’alimentation doit être adaptée), il peut être judicieux d’envisager le sevrage pour préserver la jument. Il faut éviter de faire perdre ses repères au poulain au moment du sevrage, le laisser dans un environnement connu, avec des chevaux qu’il connait déjà va permettre de le rassurer et de garder ses repères lorsque sa maman sera partie. Vous pouvez tester une séparation progressive pour voir le comportement de la mère et du poulain pour décider si ils sont prêts ou non pour une séparation définitive. Il est important de les séparer quelque temps même si vous comptez les laisser vivre ensemble car la mère risque de ne pas arrêter sa production de lait et le poulain continuera à téter (j’ai déjà vu un 3 ans qui tétait encore sa mère), le sevrage alimentaire doit donc passer par une période de séparation généralement de quelques mois avant de les remettre ensemble.
Dans la mesure du possible, un sevrage basé sur l’observation et l’adaptation sera moins traumatisant pour la mère et le poulain. Si vous achetez un poulain dans un élevage renseignez-vous sur la manière dont le sevrage est réalisé et choisissez en fonction de cela, le mental de votre poulain en dépend en grande partie.

L’alimentation du jeune cheval fait également partie des sujets de questionnement du propriétaire, en effet cela va également avoir un énorme impact sur sa croissance et peut avoir des répercussions tout au long de sa vie (arthrose précoce, fragilités osseuses, baisse d’immunité…). Cela commence dès la gestation, si la mère n’est pas alimentée suffisamment pour couvrir ses besoins, l’évolution du fœtus va en souffrir c’est pourquoi il est important d’apporter une attention particulière à la poulinière (ou de choisir un élevage qui nourri ses juments correctement, pas seulement au foin). Avant le sevrage, les besoins sont couverts par le lait (encore une fois l’alimentation de la mère joue un rôle primordial) mais il est utile de laisser découvrir les aliments solides au poulain dès qu’il commence de lui-même à manger de l’herbe ou du foin (laissez le mettre le nez dans le seau de sa mère et grignoter quelques granulés) pour qu’il s’habitue à différents types d’aliments et qu’il ne boude pas sa ration le jour où il sera sevré et que vous allez remplacer le lait par des aliments. Si vous faites un sevrage tardif vous pouvez faire une ration pour la mère et une pour le poulain afin de couvrir ses besoins (n’hésitez pas à faire appel à un nutritionniste qui saura vous conseiller au mieux sur les apports à fournir à votre poulain). Il convient d’adapter la ration en fonction de l’âge et de la croissance pour que votre jeune cheval ait le nécessaire pour construire un corps en bonne santé sur le long terme.

Comme pour un cheval adulte, le poulain doit être suivi régulièrement par différents professionnels : le vétérinaire sera le premier à intervenir pour les premiers vaccins et l’identification. Il est important de faire un suivi des pieds avec un maréchal ou podologue pour éviter les déformations (c’est quand le cheval est jeune qu’il est plus facile de corriger d’éventuels défauts d’aplomb, il ne faut donc pas tarder à le faire voir pour mettre les pieds dans de bonnes dispositions pour l’avenir). Faire appel à un ostéopathe peut également s’avérer utile pour s’assurer que la naissance et le début de vie n’ont pas entrainé de blocages particuliers et permettre de repérer et travailler d’éventuels défaut et laisser le corps se développer correctement. Le dentiste peut aussi intervenir plus tard pour vérifier que tout se passe bien au niveau dentaire et qu’il n’y a pas de problème particulier. Faire appel à ces professionnels permettra à votre poulain de se développer de la meilleure façon possible et de lui offrir un avenir plus serein avec un corps en bonne santé.
Education : les bases à ne pas manquer
Au delà de la croissance physique, votre poulain va aussi devoir traverser des tas de changements psychiques au cours de sa croissance et votre rôle d’éducateur va être très important. Si le troupeau va lui donner l’apprentissage du langage cheval (attention un poulain qui grandirait uniquement avec sa mère sans contact avec d’autres chevaux risque d’être limité dans ses apprentissages, la mère ne mettant pas toujours de limites à son poulain), c’est à vous de lui apprendre le langage humain. Vous êtes responsable de toutes les interactions qu’il va avoir avec l’homme : votre entourage mais aussi les différents professionnels qui vont venir le manipuler, il est donc primordial que vous les prépariez à cela de façon à ce que l’expérience soit la plus positive possible et qu’il ne développe pas d’appréhensions ou de peurs envers les humains qui l’entourent. Mettre un licol, être mené en main, donner les pieds, se laisser toucher partout sont autant d’apprentissages que vous allez devoir mener avec patience et douceur afin qu’il associe ces moments à des interactions positives et que son avenir de cheval soit facile et confortable pour tout le monde. Encore une fois, faites vous aider assez tôt si vous avez des difficultés ou n’êtes pas sûr de vous car une mauvaise manipulation pourrait avoir des conséquences difficiles à rattraper (un jeune poulain qui serait vacciné ou pucé sans préparation ni précaution pourrait garder une peur du vétérinaire toute sa vie par exemple).
Concernant le rythme des apprentissages, on apprend assez tôt au poulain les manipulations de base pour qu’il puisse être vu par les différents professionnels en étant en confiance et en sécurité. On peut commencer à lui faire découvrir l’extérieur avec sa mère ce qui sera bénéfique pour son corps et son mental (le corps va s’adapter aux contraintes qu’il subit : terrain varié, sols divers sont autant d’atouts pour le développement physique) puis avec des chevaux de son troupeau en le menant en liberté ou en dextre selon les possibilités (absence de routes, de véhicules etc…) c’est un bon moyen de lui faire découvrir le monde et le préparer à sa future vie. On peut plus tard (vers 2-3 ans) commencer à introduire le travail à pied en vue du débourrage : longe, exercices d’equifeel, longues rênes…). Encore une fois, faites vous accompagner par un professionnel pour éviter les mauvaises expériences qui pourraient le rendre craintif ou anxieux au travail, ce travail doit permettre d’instaurer un climat de confiance et une bonne communication entre vous c’est la base pour un débourrage réussi.
Le débourrage est pour moi la continuité du travail qui a été fait en amont, c’est la suite logique de l’éducation et si tout a été préparé correctement c’est une étape qui doit se passer aussi naturellement et simplement que les autres. Un cheval bien dans sa tête et dans son corps, qui a appris à communiquer avec l’homme au sol ne doit pas se transformer en bronco au moment du débourrage, sinon c’est que quelque chose a été raté. Si vous n’êtes pas sûrs de vous, il vaut mieux faire appel à un professionnel sérieux et qui correspond à vos valeurs pour que cette étape se passe en douceur et de la façon la moins traumatisante possible pour le cheval et permettre de commencer sa vie de cheval de selle d’une façon positive.
Si on a la possibilité de faire le débourrage soi-même alors le mieux est de prendre son temps, on peut commencer à désensibiliser au matériel et au montoir, faire les premiers pas l’année des 3 ans et franchir progressivement les étapes jusqu’aux 6 ans du cheval, âge auquel il commence à être plus fort physiquement et la croissance touche à sa fin (vers 7 ans). De mon point de vue, le cheval n’est pas en capacité de faire des activités poussées avant cet âge (longues randonnées en selle, reprise de dressage sur la main, engagé et rassemblé, enchainer un parcours d’obstacles complet) sans que cela soit délétère pour son physique et son mental. User du fait que le jeune cheval soit plus docile et malléable pour le pousser dans des séances trop intenses (le fameux « pour un 4 ans il est vraiment super, il enchaine un parcours, va en balade sans rien regarder, il est doux comme un agneau ! ») conduit quasiment toujours à une période de « rébellion » (la fameuse « crise d’ado » vers 5-6 ans) quand le cheval prend de la force physique et de la maturité. Le maitre mot est donc la patience, laissez lui le temps de construire un corps fort et en bon état qui lui permettra de rester en forme le plus longtemps possible et un mental d’adulte équilibré qui saura affronter toutes les situations avec confiance et sérénité parce qu’il aura été préparé.

Conclusion
Elever un poulain ou un jeune cheval demande beaucoup de qualités : patience, écoute, compréhension, remise en question. C’est une aventure qui permet de créer un lien unique avec son cheval, de savoir tout ce qu’il a vécu, d’essayer de lui faire vivre les meilleures expériences possibles dès le début afin qu’il aborde la vie avec les humains de façon sereine, de vous connaitre par cœur mais c’est aussi souvent une montagne russe d’émotions entre les joies et les difficultés, il faut être bien accroché et bien entouré car la responsabilité est grande et nos choix auront des conséquences sur toute sa vie, mais même si ce n’est jamais parfait (parce que la perfection ça n’est pas possible :D) c’est une expérience qui nous fait grandir en même temps qu’ils grandissent.
Et vous, vous avez déjà élevé un jeune cheval ou un poulain ? Quelle a été votre plus grosse difficulté avec votre jeune cheval ?
