Récemment, j’ai assisté à un cours où une cavalière est sortie en larmes. Tout au long de la séance, elle a essuyé des remarques dures, des réflexions moqueuses, lancées comme si elles devaient « motiver ». Elle a pourtant pris la peine d’expliquer qu’elle avait peur. Une peur bien réelle, née d’une lourde chute qui lui avait valu une fracture du bassin avec son cheval qui avait laissé des traces physiques et psychologiques.
Cette situation m’a profondément questionnée et attristée.
Car au-delà de la technique, enseigner l’équitation, c’est avant tout enseigner à des humains. Des humains avec une histoire, des peurs, des blessures parfois invisibles.
Alors une question s’impose : quelle place laissons-nous à la bienveillance dans l’enseignement de l’équitation ?

La peur : principal frein chez les cavaliers
La peur est l’un des freins les plus fréquents en équitation, et pourtant l’un des plus tabous. Beaucoup de cavaliers n’osent pas en parler, par crainte d’être jugés, incompris ou catalogués comme « pas faits pour ça ». Pourtant, la peur n’est ni un caprice, ni un manque de courage. Elle est souvent la conséquence d’une expérience marquante : une chute, une perte de contrôle, un accident, parfois même une simple situation mal vécue.
En équitation, le corps et l’esprit sont étroitement liés. Après un traumatisme, même ancien, le cavalier peut se retrouver bloqué, tendu, en hypervigilance. Ce n’est pas de la mauvaise volonté : c’est un mécanisme de protection. Ignorer cette peur, la minimiser ou la tourner en dérision ne permet pas de la dépasser. Au contraire, cela l’ancre davantage et peut freiner durablement la progression, voire conduire à l’abandon de la pratique.
Reconnaître la peur, l’accueillir et l’accompagner fait pleinement partie du rôle de l’enseignant. Car un cavalier qui se sent écouté et en sécurité est un cavalier qui peut, à son rythme, retrouver confiance et plaisir à cheval.
Un enseignant qui connait la peur et qui la vit au quotidien est plus à-même de comprendre ses élèves et de les accompagner, car on le sait l’équitation est un sport dangereux et tomber en fait malheureusement partie. Là encore, le rôle d’un bon enseignant est aussi de savoir mesurer les risques, éduquer les chevaux et les cavaliers pour les mettre le plus en sécurité possible et savoir redescendre en exigence si cela s’avère nécessaire pour le bien-être du cavalier et du cheval.
Aujourd’hui il existe des tas de formations en préparation mentale et développement personnel pour apprendre à mieux maitriser ses peurs, car malheureusement elle conduit les cavaliers à des reflexes qui augmentent le danger : crispation, manque de lucidité, mauvaise respiration… Ces situations augmentent le stress du cheval et peuvent entrainer la chute du cavalier qui se crispe ou se penche en avant et fini par terre, augmentant encore sa peur et sa frustration.
Alors est-ce qu’il est encore tolérable aujourd’hui de voir des cours où les moniteurs hurlent sur les cavaliers, leur font des remarques désobligeante sous couvert d’humour ? Je crois que les gens montent à cheval en majorité pour le plaisir et passer un bon moment, et être humilié, pas écouté et incompris font que les cavaliers vont en cours la boule au ventre et finissent même par arrêter l’équitation.
A qui la faute ? Le moniteur qui fait parce qu’il a été éduqué comme ça, on lui a enseigné l’équitation ainsi et ça a fonctionné pour lui, il a appris que seuls les forts montent à cheval, les faibles et les trouillards n’ont qu’à faire du travail à pied ils ne sont bons qu’à ça, parce qu’à cheval on ne doit pas avoir peur. Ou le cavalier, qui se laisse parler ainsi (on est d’accord qu’en pleine séance avec la peur et le stress ce n’est pas le bon moment, mais il est toujours possible d’aller parler à part à son moniteur en dehors des cours pour lui expliquer qu’on n’apprécie pas la façon dont il nous parle et qu’il faut trouver des solutions pour que ça se passe mieux) et qui continue à payer ce moniteur pour son travail plus que douteux.

Le niveau technique : seul critère pour déterminer la valeur du moniteur ?
Si il y a bien une chose qu’on entends et qu’on lit partout aujourd’hui c’est « vu le niveau des moniteurs aujourd’hui, c’est normal que les cavaliers soient mauvais » ou « le BPJEPS ne vaut rien, il forme des animateurs et pas des enseignants ». Il y a une grande disparité de niveau chez les enseignants et ça pose un débat très animé chez beaucoup de gens, alors comment faire pour s’y retrouver en tant que cavalier dans tout ça ?
Si il est vrai que le diplôme ne fait pas la valeur de l’enseignant, il est néanmoins essentiel pour garantir quelques bases : avoir une pédagogie adaptée, construire une progression pour faire évoluer les cavaliers vers leurs objectifs et assurer la sécurité font partie de l’apprentissage des moniteurs et c’est important. Malheureusement, on a choisi de ne plus ou peu former les moniteurs techniquement pour alléger les formations (et les coûts) en estimant qu’ils devaient avoir le niveau technique suffisant en entrant en formation, ce qui crée une telle disparité dans le niveau des enseignants. Mais est-ce vraiment un problème ?
Je pense que chaque cavalier a des envies, des objectifs et des besoins propres en matière d’apprentissage et la multiplicité des moniteurs permet à chacun de trouver chaussure à son pied. A quoi bon engager un moniteur qui saute une Amateur 1 si l’objectif du cavalier est de faire du TREC ? Chaque moniteur a son domaine de compétence et sa façon d’enseigner, qui conviendra à certains cavaliers et pas à d’autres, chacun a sa place dans le paysage équestre.
Le problème est plutôt qu’aujourd’hui, on juge la valeur d’un cavalier à ses résultats en compétition ou à ses prouesses techniques ou encore au nombre de chevaux qu’il a dressés/débourrés. Est-ce que c’est vraiment ça qui va faire qu’un cavalier progresse et se fait plaisir avec ce moniteur ? Je ne pense pas, on peut être excellent cavalier et posséder une bonne technique équestre et ne pas savoir la transmettre, en n’étant pas pédagogue ou peu compréhensif et créer beaucoup de frustration chez son élève.
Les bonnes questions à se poser, à mon avis, sont : dans quel état sont les chevaux quand ils travaillent avec ce moniteur ? Dans quel état sont les élèves quand ils sont en cours avec lui ? Comment évoluent les chevaux et les cavaliers dont il s’occupe ? Si on base ses réponses sur des critères de rapidité d’évolution physique ou comportementale rapides, il y a de grandes chances qu’on ne respecte pas le corps et le mental du cheval et/ou du cavalier car tout changement est long, il demande régularité, rigueur et du temps pour s’opérer. Alors un moniteur qui débourre un cheval en 2 semaines ou qui emmène son cavalier dans des épreuves plus hautes en quelques semaines sera certainement remarqué pour ses performances alors que celui qui travaille sur le long terme est jugé comme pas assez efficace.
Pour conclure ce chapitre, je dirais donc encore une fois que la responsabilité des cavaliers a encore une fois un rôle très important à jouer ici, vouloir des résultats vite et à tout prix peut se faire mais quel est l’impact sur le cheval ? Est-ce qu’on veut performer rapidement ou construire un mental et un physique solides et sains sur la durée ? Encore une fois, chacun ses envies et ses opinions sur ce point mais il y a des règles inévitables : si on va vite le cheval (et le cavalier) compense jusqu’au moment où il ne peut plus et alors surviennent blessures, problèmes de comportement voir incapacité à être monté. Pour moi, un bon moniteur construit un couple cheval/cavalier sur le long terme en respectant l’intégrité du cheval et en permettant au cavalier de comprendre pourquoi et comment travailler son cheval d’une manière qui est correcte et juste pour lui.

Conclusion
Définir un bon moniteur est très subjectif et dépend des valeurs et envie de chaque cavalier, c’est à eux de placer le curseur pour trouver celui qui répond à ses attentes et qui respecte chevaux et cavaliers. On a la chance d’avoir à disposition une multitude de moniteurs aux compétences et aux méthodes variées qui permettent de répondre à la demande des cavaliers, qu’ils souhaitent faire du loisirs, performer en compétition ou simplement être aidés dans le travail de leur cheval.
Est-ce que les méthodes doivent évoluer ? Oui, clairement aujourd’hui les cavaliers aspirent de moins en moins à l’équitation militaire où la rigueur et la performance sont au centre de la pratique, au contraire cela devient un loisir où les gens ont envie de se libérer et de prendre du plaisir en ayant une relation avec l’animal. Prendre soin du cheval et nouer un lien devient aussi important que de monter et l’enseignement doit s’adapter pour apprendre aux cavaliers à devenir des hommes de chevaux qui maitrisent autant l’éducation, les soins que le travail de leur cheval.
Et toi, as-tu déjà eu un moniteur qui te mettait mal à l’aise en cours ? Comment as-tu réagi ?
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