Si il y a bien une chose qu’ont en commun tous les cavaliers, c’est d’avoir un jour ressenti de la peur quand ils étaient avec un cheval. Que ce soit en tant que débutant qui ne connait pas l’animal et qui découvre ses réactions avec plus ou moins d’appréhension, qui découvre de nouvelles sensations et doit développer ses compétences pour tenir sur cet animal en toutes circonstances; ou en tant que cavalier confirmé qui anticipe toutes les situations grâce à l’expérience acquise, tout le monde connait la peur.
Mais elle reste malheureusement un sujet tabou, on la cache, on ne le dit pas, on suit le groupe ou les consignes malgré tout et parfois elle passe. Qu’on en ait conscience ou non, elle est toujours là en nous prête à faire surface au moindre signe de danger. Alors la peur est-elle notre amie ou une ennemie ?

Comment fonctionne la peur ?
Tout se joue dans une structure cérébrale appelée l’amygdale qui gère les émotions et est conçue pour réagir le plus rapidement possible en cas de danger perçu, on ne peut pas la contrôler. Grâce à nos sens (principalement la vue mais les autres peuvent aussi intervenir), nous percevons un danger et l’information est directement envoyée à notre cerveau qui va d’abord réagir de façon rapide afin de nous protéger du danger par plusieurs stratégies (qu’on nomme les 3F en anglais) :
– Freeze (= se figer) : tous les muscles du corps se raidissent instantanément et on devient incapable de bouger comme figé par la peur.
– Flight (= fuir) : c’est ce qu’on appelle grossièrement « prendre ses jambes à son cou », on court le plus vite possible pour s’éloigner du danger
– Fight (=combattre) : c’est le principe d’attaquer avant de se faire attaquer
Ensuite l’information est analysée plus profondément dans une autre partie du cerveau, plus réfléchie, qui va alors analyser et choisir la bonne façon de réagir en fonction de si il y a vraiment un danger ou non. C’est pour ça qu’on peut avoir des réactions de peur (comme sursauter) avant même d’avoir perçu consciemment le « danger ». Alors est-ce qu’on doit maudire notre amygdale de nous faire réagir de façon parfois inappropriée pour rien ? Bien que ces réactions ne soient parfois pas les plus justes et nous causent plus de dégât qu’autre chose, ce sont les restes de notre héritage qui ont permis notre survie pendant des milliers d’années et elles sont totalement incontrôlables, elles sont là pour nous sauver la vie et pas pour nous embêter.
Petit aparté : le cheval fonctionne de la même façon, c’est pourquoi il peut réagir « fort » pour des choses qui semblent futiles parfois, il n’a pas eu le temps d’analyser la situation et a réagit avec son instinct de survie avant de réfléchir et d’analyser. Alors avant de se moquer, regardez comment vous réagiriez devant une grosse araignée ou un serpent qui vous fait très peur et quelle décision prend votre amygdale !
On peut donc conclure que la peur, bien qu’elle nous cause des soucis quand on est sur un animal de 500kg, est notre amie car son but est uniquement de nous protéger et d’assurer notre survie.
Est-ce qu’on peut « apprivoiser » la peur ?
Alors c’est bien beau tout ça, elle veut nous aider notre peur mais quand on est dans une situation délicate avec un animal qui a de fortes réactions, il vaut mieux garder son sang froid et réagir de la bonne façon pour justement être en sécurité et prendre la décision appropriée à la situation. Par exemple, se figer lorsque le cheval nous offre une séance de rodéo est la pire chose à faire car la raideur de nos muscles ne nous aide pas bien à tenir sur le cheval et nous conduit tout droit dans le sable plus rapidement que prévu.
Mais comme on l’a appris plus haut, une fois qu’on est entré dans le « mode survie » ce sont nos réflexes qui prennent le dessus et on ne peut plus choisir d’agir, la clé est donc l’anticipation. Une bonne lecture de l’environnement va nous permettre d’anticiper le danger avant qu’il n’arrive et de pouvoir agir ou réagir avant que la situation soit trop compliquée et que notre peur et nos réflexes aient pris le dessus. C’est pourquoi avoir une bonne lecture du cheval est primordial et devrait être une des premières choses que les cavaliers apprennent afin de savoir déterminer quand une situation devient compliquée et risque de dégénérer en une peur reflexe du cheval qui causerait des comportements dangereux pour nous.
Ainsi mettre pied à terre quand on sent son cheval se figer face à un danger qu’il perçoit nous permet de nous mettre en sécurité et de garder le contrôle sur notre peur afin de pouvoir continuer à agir de la bonne façon pour le rassurer et créer un cercle vertueux de confiance de votre cheval envers vous et de confiance en vous-même.
Car plus vous allez créer de situations où vous allez maitriser les choses et vous garder en sécurité malgré les dangers, plus vous allez développer votre confiance et limiter les interventions de vos reflexes de survie.
Mais l’anticipation a aussi un risque : être sans arrêt en alerte a l’affut du moindre détail qui pourrait dégénérer en une situation délicate. Cela est néfaste pour votre cheval qui va sentir votre tension et être lui-même tendu, ce qui devient un cercle vicieux ou vous vous transmettez l’un à l’autre vos tensions respectives et qui font un cheval « sur l’oeil » et un cavalier crispé qui pense avoir raison de se méfier et d’être sur le qui-vive.
Il faut donc être en mesure de garder la tête froide, d’analyser les choses tout en restant détendu et calme pour ne pas transmettre de stress à notre monture. Finalement, ça ne serait pas ça le meilleur atout d’un homme de cheval habile ? Une analyse pertinente tout en gardant son calme afin de réagir de façon appropriée et en étant en sécurité, ça semble simple dit comme ça mais cela requiert une solide expérience aux côtés des chevaux.
Concrètement on fait comment ?
Que vous soyez à pied ou à cheval, la première compétence que vous devez développer après la lecture de l’environnement et du cheval c’est d’être capable de vous auto analyser : où sont situées les tensions dans votre corps, comment est votre respiration, comment est votre mental… Vous devez régulièrement faire le point sur votre propre état afin de savoir ce que vous transmettez à votre cheval car il ressent une tension dans vos épaules ou vos cuisses et cela lui donne des informations. Vous pouvez vous entrainer n’importe où à cet exercice mais plus vous le pratiquez, plus vous serez en mesure de le faire dans toutes les situations.
Cela vous permet de vous reconnecter à vos sensations et à votre corps, vous ne pouvez pas corriger des tensions dont vous n’avez pas conscience ! L’étape suivante est de relâcher les tensions qui ne sont pas nécessaires, là est tout l’art de l’équitation : être actif physiquement sans être rigide, être gainé sans être raide, fonctionner avec le cheval et pas contre lui. Encore une qualité d’un bon homme de cheval ! Ainsi vous êtes clairs pour votre cheval, chacun de vos mouvements a une signification pour lui et il y a moins de gestes parasites qui brouillent votre communication.
Si cela ne suffit pas et que votre cerveau est toujours dans le mode anticipation de tous les dangers mais que le calme n’y est pas (vous le voyez le scénario catastrophe du chien qui arrive en courant contre la grille et qui fait peur à votre cheval ? Vous vous mettez à être tendu à chaque portail de maison du village sans aucune raison et votre cheval qui sent votre crispation va effectivement réagir à la moindre chose qui bouge !), reconnectez vous à vos sensations : utilisez vos sens pour cela.
Par exemple, posez vous la question : quelles odeurs je peux sentir en ce moment ? Ou comment sont mes appuis dans les étriers ou sur la selle ? Dans quelle position est mon bassin ? N’importe quel élément qui vous oblige à vous recentrer sur vos sensations et revenir à votre corps au lieu de laisser vos pensées dériver vers des scénarios catastrophiques qui n’arriveront probablement jamais.
Conclusion
Vous y voyez maintenant un peu plus clair sur cette émotion qui gêne de nombreux cavaliers mais qui ne devrait jamais être un tabou, alors si je peux vous donner un dernier conseil : osez ! Osez dire à votre moniteur ou aux personnes qui vous accompagnent que vous avez peur, qu’une situation vous semble dangereuse, osez faire confiance à votre instinct : il vaut mieux avoir l’air ridicule parce que vous avez mis pied à terre face à une situation qui vous semblait dangereuse plutôt que de regretter de ne pas vous être écouté. Vous êtes votre propre partenaire et la confiance se construit en formant une équipe avec vos émotions plutôt qu’en essayant de lutter contre, plus vous allez montrer à la peur que vous gérez, plus elle vous laissera tranquille et parfois gérer c’est aussi l’écouter et lui dire merci de m’avoir protégé.
